Réponse à un billet du chroniqueur et journaliste Patrick Lagacé paru sur Cyberpresse.ca le 17 mai
Monsieur,
J’ai lu votre billet du 17 mai.
Je suis parmi les premiers à protester contre la hiérarchie vaticane, toutefois pour des motifs différents des vôtres : je suis chrétien protestant.
Or, les protestants partagent une opinion similaire à Mgr Ouellet en matière d’avortement. Selon notre éthique, le seul motif valable de performer un avortement est que le « fœtus » menace la vie
de la mère. C’est donc une question de vie qui en menace une autre. Mais même dans ce cas, certaines mères préfèreront parfois prendre le risque.
C’est parce que pour nous, un « fœtus » est effectivement une vie humaine, à part entière, sacrée, faite à l’image de Dieu, comme vous et moi, comme l’enfant et le vieillard, et comme un adulte
en santé et un handicapé mental. La Sainte Bible nous l’enseigne, mais nous estimons aussi que c’est en partie une vérité évidente de la nature. Nous croyons que Dieu donne la vie, et qu’Il se
réserve le droit de la reprendre, ce qui exclut même le suicide. Nous appartenons corps et âme à notre Créateur. Le sixième commandement du Décalogue est « Tu ne tueras point. » Notre Seigneur
Jésus-Christ, contrairement au parti « fondamentaliste-conservateur » de l’époque, les Pharisiens, a interprété ce commandement comme interdisant même toute colère haineuse et injure contre son
prochain dans son Sermon sur la montagne.
Notre position n’est donc pas « contre la femme ». Elle n’est pas plus contre « le choix des femmes » que, par exemple, le refus d’un hypothétique droit à tuer votre voisin tapageur ou à tuer
Vincent Lacroix est « contre les victimes et leur choix ». La question est à savoir s’il est moral, bon et acceptable de tuer cette « chose », point à la ligne. Mais ce qui rend inconfortable
dans ce cas, selon nous, c’est le fait de ne point être seul maître et arbitre de son destin. C’est le fait de devoir accepter des choses hors de notre contrôle, et même parfois des choses
injustes, comme le Christ dû accepter et se soumettre aux souffrances spirituelles et physiques de la Passion et à l’infamie de la croix pour des gens qui haïssent son Père et qui l’ont abandonné
(ses propres disciples). Or, pour les chrétiens qui croient en un Dieu souverain et bon qui règne sur toutes choses dans sa providence, par la foi, c’est un problème qui se surmonte, et les
témoignages personnels abondent en ce sens (une suggestion de recherche pour vous?). Pour les chrétiens, c’est toujours une erreur que de cesser d’espérer en Dieu. La femme violée qui,
exceptionnellement, tombe enceinte, espérera en Dieu. La mère qui n’a plus de quoi nourrir les siens espérera aussi au Dieu vivant. Non pas comme des super-humains; non pas sans luttes
intérieures; non pas comme dépourvus d’émotions; mais par une foi victorieuse en Dieu notre seul bien. L’humanisme anthropocentrique n’a pas une telle espérance et ne peut comprendre une telle
chose.
Notre position est plutôt « pour l’enfant » (et même que nous serions assez hardis pour ajouter « et pour la mère »). Vous savez, cette « chose » que la maman appelle affectueusement « mon bébé »
lorsqu’elle le veut, mais appelle du vocable technique « fœtus » lorsqu’elle ne le veut pas? Cette « chose » pour laquelle on se réjouit, félicitant la future maman? Cette « chose » avec laquelle
les mères développent une relation avant même qu’elle soit née (quelle mère le niera!). Cette « chose » pour laquelle la maman est en deuil lorsqu’elle est mort-née. Cette « chose » qui est «
légalisée » dès qu’elle franchit le col de l’utérus. Qui peut nier ces sentiments, et le témoignage de sa conscience, lorsqu’il s’agit de « son fœtus »? On le vit peut-être au premier enfant. On
le vit peut-être à la première visite à la clinique d’avortement. On le vit peut-être comme un sentiment refoulé de culpabilité, d’amertume ou de regret (pourquoi ne pas avertir les femmes de ces
conséquences psychologiques avérées chez un grand nombre de femmes, pour qu’elles fassent un choix éclairé?). Y aurait-il ici un problème de logique? 2 + 2 égale-t-il 4? Un problème d’affection
naturelle, peut-être? N’est-ce là que notre vieux conditionnement judéo-chrétien (encore le coupable), ou bien… Ou bien se pourrait-il que ce soit vraiment naturel, mais incommodant pour nos «
choix de société» actuels?
Notre position n’est donc pas que biblique dans un sens irréaliste et irraisonné, mais elle est aussi naturelle, raisonnable et sensible, et défendable. Mais nos présupposés et nos valeurs
fondamentales sont différents des vôtres, et irrémédiablement incompatibles, et par conséquent notre philosophie de vie l’est aussi. Notre présupposé est Dieu, seul Être qui existe par soi-même,
fontaine de toute existence dérivée. Le vôtre, l’homme muable. Il faut l’accepter. Nous ne sommes pas pour autant dépourvus de pragmatisme et de compassion, ni d’un sens de l’appréciation pour la
qualité de vie et la dignité humaine; mais notre pragmatisme, notre compassion, notre solidarité et notre aide prendront une forme différente des vôtres, que nous croyons être pour le mieux,
étant donné cette limite pour la vie de notre position.
Notre position n’est pas l’exclusivité d’obscurantistes fanatiques et anti-intellectuels, mais le joyau des plus grands penseurs et théologiens chrétiens, des apôtres et du Christ Lui-même.
Le saviez-vous? Les premiers chrétiens, pères revendiqués à la fois par les catholiques romains modernes et par les protestants, opposaient les formes rudimentaires d’avortement de l’Antiquité,
et ils recueillaient les enfants « exposés » des Romains avec compassion (« l’avortement après-naissance », pratique et sécuritaire). Après le retour public et légal, et je dis bien retour, de la
pratique de l’avortement, seriez vous en faveur du retour d’une forme « plus propre et sophistiquée » de cette antique pratique romaine de l’exposition du nouveau-né? Certains penseurs modernes
vont en ce sens.
Le saviez-vous? À une certaine époque, les personnes à la peau noire n’étaient pas considérées comme des êtres humains à part entière, et faisaient l’objet d’une traite immonde, et un chrétien
protestant, William Wilberforce (aussi l’un des fondateurs de la SPCA!), par la faveur de Dieu, a réussi le combat de l’abolition de l’esclavagisme, pourtant un pilier économique! Cet homme est
la preuve qu’un chrétien peut être à la fois conservateur et progressiste, et même se préoccuper de doctrine ET des bonnes œuvres. Le saviez-vous? À une certaine époque et à un certain endroit,
il n’y a pas si longtemps, les Juifs, les Tziganes, les Slaves et les handicapés mentaux étaient considérés comme des sous-hommes propres à éliminer par un très grand nombre de gens parmi les
plus éduqués et civilisés de l’Europe (voir l’excellente série Amour, haine et propagande à Radio-Canada)? Est-il possible que des erreurs de valeur et de jugement de cette magnitude se
produisent dans des civilisations au complet? La réponse de l’histoire est… Oui. Et c’étaient des choix raisonnés, pour divers motifs. Épeurant, n’est-ce pas?
Pour revenir à Mgr Ouellet. Est-il malhonnête et méprisant à cause de sa position sur l’avortement? Je ne connais pas cet homme, mais je sais une chose : le neuvième commandement écrit du doigt
de Dieu au mont Sinaï dit « Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain », et le Fils de Dieu nous a enseigné à ne point soupçonner le mal et nous a interdit toute diffamation. La
question est donc : est-il nécessaire de présenter Mgr Ouellet comme malhonnête et méprisant à cause de sa prise de position publique, qui, d’ailleurs, n’était pas vraiment un secret? Ne
s’agit-il tout simplement pas d’un gros, très gros différend, fondé sur un système de valeurs différentes et incompatibles? Sommes-nous tous des athées/agnostiques postmodernistes au Québec?
Sommes-nous maintenant obligés de l’être?
Pourquoi le traiter de salaud, de malhonnête et de méprisant, pourquoi déclarer que tous les coups sont permis comme s’il s’agissait d’un jihad sans merci? Pourquoi tant de mépris, et pourquoi le
démoniser et intimider pas trop subtilement ceux qui sympathisent avec sa position? Pourquoi condamner sans nuance le fait que Mgr Ouellet ait une position jugée sans nuance? Regardez-vous dans
le miroir. Or considérez que le Monseigneur et ses prêtres n’ont plus l’influence qu’ils avaient autrefois : une bonne part de cette influence vous est maintenant échue, pour le meilleur et pour
le pire, ainsi qu’à des hommes du dimanche soir comme Guy A. Et, malgré tout, il faut avouer qu’il doit bien avoir des couilles quelque part, plus que les autres prêtres qui se taisent par
crainte des médias et dont vous aimeriez entendre la voix, car il devait bien s’attendre à être foudroyé impitoyablement de la sorte du haut de la chaire médiatique dès l’instant que ces mots
honnis sont sortis de ses lèvres.
Faites bien attention, en condamnant Mgr Ouellet à ce sujet, de ne pas condamner indirectement et sans nuance nos aînés qui vivent encore, vos grands-parents et nos ancêtres en général, qui ne
partagent pas ce que vous déclarez unilatéralement être « les valeurs du 21e siècle », ainsi qu’une partie de nos immigrants (et même quelques irréductibles « Québécois de souche » rétrogrades).
Être laïc ne signifie pas ne pas avoir de conviction personnelle sincère. Y aviez-vous pensé?
J’espère que vous avez trouvé ma contribution constructive. Mais sinon, tant pis. J’aime parfois vos réflexions, et parfois je ne les aime pas. En passant, mon épouse partage cette opinion.
Monsieur, le Christ de la Sainte Bible n’était pas qu’un gars qui faisait du bien sans faire de morale. Il a à la fois condamné le péché de l’adultère et pardonné aux adultères, leur disant de ne
plus pécher. Il a à la fois prêché le Sermon sur la montagne, et guérit les malades. Il a à la fois parlé en paraboles, et multiplié les pains et les poissons pour la foule. Il faisait le bien
par son enseignement, et ornait son enseignement de bonnes œuvres, à la fois par amour pour Dieu et par amour pour son prochain. Il a dîné chez les collecteurs d’impôts. Il a accepté l’adoration
d’une femme de mauvaise vie. Il n’a fait de mal à personne. Ceux et CELLES qui le suivaient sont tous présentés comme des pécheurs misérables, mais dont tous les péchés sont pardonnés par pure
grâce, et qui marchent dans la voie de la repentance et de la foi. Notre Seigneur Jésus-Christ est vraiment un Christ complet et équilibré, et Il nous communique son Esprit-Saint pour le suivre
en cela, en Église, en renonçant à nous-mêmes.
Monsieur, le Christianisme est la célébration ultime de la vie, car notre Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu et le Prince de la vie, le mystère insondable du Dieu qui s’est fait homme pour
nous les hommes et pour notre salut, envoyé dans le monde pour sauver le monde et nous réconcilier à son Père, a vaincu la mort et toutes ses terreurs, et Il est ressuscité pour l’éternité, même
qu’Il siège présentement, bien en vie, en chair et en os, à la droite de son Père. « De là Il reviendra avec gloire pour juger les vivants et les morts. Son règne n’aura pas de fin » (Symbole de
Nicée-Constantinople). Et, sur cela, tous les chrétiens confessent : Amen, Oui reviens Seigneur Jésus!
Que celui qui a soif, vienne à Celui qui peut seul désaltérer, qui est le Chemin, la Vérité et la Vie.
Cordialement, Alexandre Grondin, « laïc » protestant
gloire_a_jesus@hotmail.com
En réponse à :
Le mépris de Kazem Ouellet
Patrick Lagacé
La Presse
Il y a quelques semaines, Kazem Sadighi, imam à Téhéran, a déclaré que les tremblements de terre étaient attribuables aux femmes qui s'habillent de façon indécente. Ben oui...
Marc Ouellet, cardinal de Québec, primat de l'Église canadienne, a déclaré ceci, en marge d'un congrès de militants pro-vie, selon mon collègue Frédéric Denoncourt, du Soleil:
«Je comprends très bien qu'une femme violée vit un drame et qu'elle doit être aidée. Mais elle doit l'être par rapport à la créature qu'elle a dans son sein. Elle n'est pas responsable de ce qui
lui arrive. C'est l'agresseur qui est responsable. Mais il y a déjà une victime. Est-ce qu'il faut en faire une autre?»
Et: «Prendre la vie de quelqu'un d'autre, c'est toujours un crime moralement.»
Bref, l'avortement est un meurtre. Qu'importe le contexte.
Même après un viol. Ben oui...
Le lien avec l'imam de Téhéran? Dans les deux cas, il s'agit de religieux fondamentalistes qui attaquent les femmes. Au moins, l'imam de Téhéran les attaque de front. Le cardinal de Québec les
attaque sournoisement, par la bande, en feignant de les comprendre.
Il ne les comprend pas du tout. Suggérer qu'une femme violée - cas extrême, convenons-en, mais il est soulevé par ce bon cardinal - est dans l'erreur si elle choisit de se faire avorter, c'est
une attaque.
C'est du mépris. C'est l'esprit d'un autre siècle. Le XIXe.
Ce n'est pas la première fois que le cardinal Ouellet fait des sorties péremptoires en totale contradiction avec le XXIe siècle tel qu'il est vécu au Québec. Ses prises de position passéistes
pourraient être comiques si, à Ottawa, on ne sentait pas une volonté larvée de rouvrir le débat sur l'avortement.
Il y a quelques semaines, j'ai pondu une chronique sur une très belle église de Montréal, Saint-Pierre-Apôtre. Belle parce que c'est une église ouverte. Aux gais, d'abord. Aux poqués, ensuite.
C'est une église qui s'occupe de son prochain sans lui faire la morale. Je ne suis pas un croyant, mais c'est à peu près l'idée que je me fais du Christ.
Les gens qui se dévouent dans cette église sont à des années-lumière du dogmatisme stupide de Kazem Ouellet. Ils sont sur le plancher des vaches.
L'église Saint-Pierre-Apôtre n'est pas la seule à faire du bien dans sa communauté, sans grand prosélytisme, loin d'une lecture rigide de la Bible. Il y en a partout. Et, comme l'a noté récemment
un chroniqueur du New York Times, Nicholas Kristof, qui parcourt les coins les plus reculés du monde pour dénoncer le barbarisme, on trouve toujours dans ces zones désespérées des prêtres et des
religieuses catholiques héroïques, prêts à tout pour sauver des vies de civils innocents.
C'est à ces prêtres et à ces religieuses, de Montréal ou de Kinshasa, que le cardinal Ouellet plante un couteau dans le dos. C'est le drame de tout ça: les bonnes actions des églises sont
constamment sapées par les salopards du Vatican comme Ouellet.
Je refuse de croire que tous les prêtres catholiques du Québec pensent comme le cardinal Ouellet. Or, encore une fois, le seul qui ose se présenter au marbre pour dénoncer publiquement le
fondamentaliste de Québec, c'est (encore) Raymond Gravel.
Ils sont où, les autres prêtres?
Et vous, cardinal Turcotte, de Montréal?
Je note que le cardinal de Québec fustige aussi le débat sur l'euthanasie. Culture de mort, encore, dit-il. Eh, misère...
On doit tous mourir. On va tous mourir. Le cardinal Ouellet va mourir, un jour. J'espère qu'il mourra d'une longue et pénible maladie. J'espère qu'il pourra comprendre pourquoi certaines
personnes, quand elles n'ont plus que la peau sur les os, quand elles vomissent leurs excréments, aimeraient pouvoir en finir, «légalement».
Oui, le paragraphe que je viens d'écrire est vicieux. Mais Marc Ouellet est un extrémiste. Et dans le débat, tous les coups sont permis avec les extrémistes religieux. La prochaine fois, j'évoque
le silence de l'extrémiste de Québec face à son frère pédophile.
Le cardinal est un fondamentaliste. La chose est connue. Dorénavant, quiconque acceptera de partager une tribune avec lui, dans le politique, devrait être traité comme un complice du fanatisme de
Kazem Ouellet.
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